L’Awa Odori (阿波踊り), également surnommée « danse des fous », est l’une des danses traditionnelles les plus populaires du Japon. Pratiquée chaque été lors des festivités d’Obon (célébration dédiée aux esprits des ancêtres), cette danse haute en couleur …
Par
Quentin Larue
/
Crédit images
Stemu2000
Publié le 2 juin 2025
« Des fous qui dansent
Des fous qui regardent
Si les deux sont fous
Pourquoi ne pas danser ? »
L’Awa Odori (阿波踊り), également surnommée « danse des fous », est l’une des danses traditionnelles les plus populaires du Japon. Pratiquée chaque été lors des festivités d’Obon (célébration dédiée aux esprits des ancêtres), cette danse haute en couleur attire chaque année des milliers de danseurs et de spectateurs, notamment dans la ville de Tokushima (préfecture de Tokushima, île de Shikoku), d’où elle est originaire, mais aussi dans tout l’archipel comme à Tōkyō qui ne compte pas moins de deux festivals majeurs de danse d’Awa dans le quartier de Kōenji et de Kagurazaka.

Mêlant musique entraînante, chants traditionnels et chorégraphies fascinantes, l’Awa Odori réunit plusieurs groupes de danse appelés ren (連), composés de musiciens et de danseurs défilant en cortège dans les rues. Ces groupes se distinguent notamment par la couleur de leurs tenues, ainsi que par leurs noms, indiqués par deux grandes lanternes suspendues à un long mât de bambou porté par un des participants en tête de file.

Les membres du ren scandent des kakegoe (掛け声, cris d’encouragement) tels que « yattosa » et « ah, yatto yatto » (signifiant « cela fait longtemps, comment vas-tu ? »), qui rythment les pas et renforcent l’énergie collective du défilé.
La musique, jouée en direct, repose sur un petit orchestre d’instruments traditionnels appelé narimono (鳴り物), incluant le shamisen (三味線), les tambours ōdaiko (大太鼓) et shime-daiko (締太鼓), la flûte fue (笛), le petit tambour tsuzumi (鼓), et le gong kane (鉦).

Les tenues varient selon le genre : les femmes portent un torioigasa (鳥追笠, littéralement « chapeau pour effrayer les oiseaux »), un chapeau devenu emblématique de la danse, utilisé autrefois dans les champs et servant également à masquer partiellement le visage. Les pas de danse diffèrent également entre hommes et femmes, bien que certaines troupes adoptent aujourd’hui une approche plus mixte.

L’Awa Odori tire son nom d’Awa, ancienne dénomination de la ville de Tokushima. Bien que son origine fasse l’objet de plusieurs théories, la plus populaire voudrait qu’elle soit née à l’occasion des réjouissances célébrant la construction du château de Tokushima par Hachisuka Iemasa (1558-1639), le seigneur local, ou daimyō. Selon la légende, les participants, enivrés, se seraient alors mis à danser au rythme simple mais entraînant d’une musique improvisée pour l’occasion, donnant naissance à l’Awa Odori.
Les paroles citées en première slide proviennent du chant traditionnel Awa Yoshikono (阿波よしこの), hymne des festivités.
L’Awa Odori dépasse le cadre des festivals pour s’inscrire dans l’imaginaire culturel japonais. Dans Pompoko (1994), Takahata Isao l’intègre à la célèbre parade nocturne où les tanuki déguisés défilent à travers Tokyo. Cette séquence, l’une des plus mémorables du film, utilise la danse traditionnelle comme symbole de résistance culturelle face à l’urbanisation galopante.